En deux mots, le jihad (militaire, offensif, motivé par la simple religion) est une norme, une règle, une constante confirmée par plus de 1200 ans d’exégèse et de jurisprudence, avec pour seules notes discordantes quelques tentatives aussitôt qualifiées d’hérétiques. Ainsi, personne de notable dans et pour l’Islam, jusqu’au XXe siècle, et surtout pas le prophète et ses compagnons, n’a contesté l’interprétation selon laquelle la communauté musulmane a l’obligation religieuse de faire une guerre médiévale typique à ceux qui ne reconnaissent pas la parole de Dieu dans le Coran. Si la preuve de ce fait est un peu fastidieuse à apporter dans une autre langue que l’arabe, elle est simplement évidente et univoque jusqu’à devenir littéralement écrasante pour quiconque peut lire la langue de l’islam et dispose d’une connexion Internet (ou bien sûr d’une bibliothèque islamique complète).

Depuis la chute du dernier califat, en 1924, cette vérité est devenue politiquement incorrecte, au sens légitime du terme, car dangereuse pour l’Islam, et de nombreux intervenants l’ont niée, écartée, embellie, adoucie ou escamotée de diverses manières, souvent très grossières. Ces tentatives ont d’abord fourni des résultats encourageants, d’autant plus qu’elles s’inscrivaient agréablement dans le cadre des efforts déployés par les Nations unies pour instaurer un climat politique propice à la paix et au progrès. Mais elles restaient et restent de simples subterfuges, qui ne séduisent et convainquent que des novices et des gens résolument insouciants. Et si, jusqu’à présent, seuls des croyants si fermement ancrés dans la foi qu’ils peuvent passer pour fous les contestent ouvertement et reviennent aux fondamentaux univoques de l’islam, force est de constater que leur nombre augmente sans cesse et il faut s’attendre à ce que cette évolution se poursuive ces prochaines décennies, à mesure que la langue arabe et la pratique de la religion musulmane se répandront.

À l’ère d’Internet et de l’école obligatoire, il suffit en effet de quelques mois à un jeune adulte pour acquérir les connaissances dont seuls disposaient, au Moyen-Âge, de rares élites religieuses. Sans compter que les efforts actuels de tant d’institutions, musulmanes et non musulmanes, pour dissimuler cette évidence ont tendance à accélérer la progression de la religion islamique, telle qu’elle est.

Par ailleurs, toutes les tromperies mises au point pour blanchir le jihad n’ont guère d’influence sur les musulmans qui puisent leurs connaissances aux sources. Ces musulmans y voient dès lors une manœuvre politique, d’ailleurs également décrite dans ces mêmes sources, visant à protéger l’islam et favoriser son expansion dans les situations défavorables, et considèrent dès lors les apologistes comme autant d’alliés de fait, du moins aussi longtemps que ces derniers se contentent de discours et ne les attaquent pas physiquement.

Mais pour l’instant, les musulmans, même instruits de tout cela, en majorité, ne s’entendent pas sur la stratégie à adopter, ou sur le calendrier: vaut-il mieux préserver la tromperie ambiante, et si oui jusqu’à quand, ou déclarer maintenant officiellement que l’islam est bien une guerre contre la mécréance et agir dans ce sens? Nous assistons donc à divers conflits entre musulmans dont les avis divergent sur ce sujet. D’autre part, ceux qui ont décidé de passer à l’action ne s’entendent pas non plus entre eux. Il existe ainsi depuis des décennies des organisations visant ouvertement le rétablissement du califat et de la charia, avec pour corollaire la remise en route du jihad médiéval. Mais les gouvernements ostensiblement musulmans et bien installés ont évidemment aussi d’autres engagements et intérêts. Et surtout qui sera le prochain calife? Traditionnellement, depuis la mort du prophète, la chose se décide plutôt dans le sang. Et il faut ici tenir compte du fait que certains des candidats au futur califat ne font pas encore partie des musulmans qui ont décidé d’ignorer le discours politiquement correct et de jouer franc jeu.

Bien sûr, après tant d’efforts apologiques, nous avons aujourd’hui également une masse non négligeable de gens, musulmans ou pas mais ostensiblement satisfaits de l’islam, qui ne s’intéressent guère qu’aux aspects superficiels de la question et veulent croire que tout irait bien si tout le monde faisait comme eux. Et il doit aussi exister, ça et là, des musulmans à la fois instruits et éveillés qui préfèreraient la voie du progrès et s’interrogent sincèrement sur la bonne manière de gérer les problèmes exposés ici.

Seul un prophète se risquerait à prédire l’issue de cet imbroglio. Mais il est relativement aisé de prévoir les conséquences générales des tensions qui se nouent. La radicalisation des musulmans, avec des actions violentes à petite et moyenne échelle, va se poursuivre et s’étendre, partout dans le monde, au détriment du progrès humain. Que faire? Viser la défaite de l’islam, au point où en sont les choses, constitue une bonne assurance d’aggraver encore les tensions, du moins à court terme. Et d’un autre côté, il est extrêmement peu probable que même l’instauration consensuelle d’un califat puisse déboucher sur une issue réjouissante. La vérité est que personne ne peut maîtriser ce capharnaüm et que seuls des génies pourraient y intervenir de manière judicieuse.

La bonne nouvelle est que le monde actuel foisonne de génies. Il faudrait les alerter et leur confier cette mission. Clairement, dans la lumière de la vérité des faits. Et à bien y réfléchir, peut-être même que cette simple demande, cette simple exposition au grand jour de l’énoncé du problème, de sa gravité et de sa complexité, suffirait à alerter le génie humain et à mettre en route de vraies solutions?