Cette illustration est tirée de l’ouvrage de Steven Pinker « The Better Angels of Our Nature: A History of Violence and Humanity » (version française sortie en 2017), dont les plus de mille pages réunissent et décrivent, dans un langage toujours accessible et élégant, la somme des connaissances actuelles sur la violence, ses ressorts psychologiques et son évolution au cours du temps.

On y découvre notamment que la violence (guerres, homicides et autres formes de violence) a massivement reculé depuis l’essor des Léviathans, c’est-à-dire les États modernes. La corrélation est des plus convaincantes: pour toute l’histoire (bien) connue, à mesure que se créent ces grandes entités disposant du monopole de la violence, cette dernière recule, dans l’ensemble. Même les guerres mondiales, si on en place les nombres de victimes en regard de la population concernée (ou du nombre total de décès pendant les mêmes périodes), n’atteignent pas, globalement, et de très loin, le niveau de violence usuel des sociétés anciennes. Protégée des principaux déclencheurs de la violence et de l’arbitraire des chefs de guerre locaux, la population se consacre à des activités plus pacifiques et raffinées, faisant naître ce qu’on appelle la civilisation. De quoi mettre très sérieusement à mal le mythe du bon sauvage. (Pour enterrer définitivement ce mythe et les autres qui lui sont associés, lire aussi The Blank Slate: The Modern Denial of Human Nature, du même auteur.)

Mais ces dernières années, on assiste à une évolution qui, si elle reste encore insignifiante devant l’histoire de l’humanité dans son ensemble, devrait nous inquiéter. Les États sont en effet devenus d’énormes machines qui se chargent de bien davantage que la simple réglementation de la violence. Au point que certains en arrivent à négliger les tâches fondamentales qui ont permis cette fantastique évolution de la civilisation. Ainsi, l’Union européenne a largement renoncé à protéger ses frontières extérieures.

Elle ne le fait plus guère que par le biais de mesures administratives qui ont notamment pour effet de forcer des millions de candidats à l’immigration à payer des milliers d’euros pour traverser la Méditerranée dans des embarcations jetables au lieu de payer 50 euros pour un billet d’avion. Si ces gens ne peuvent pas prendre l’avion, c’est à cause, à l’origine, d’une directive européenne qui impose aux transporteurs de prendre en charge tous les frais occasionnés par le renvoi de personnes qu’ils auraient déposées dans l’Union sans papiers valables. Bien sûr, la réglementation prévoit une exception pour les réfugiés, mais ce statut est impossible à vérifier à un guichet d’aéroport, où il faut gérer le passage en moins d’une minute. Et si les passeurs utilisent des embarcations vétustes ou des bateaux pneumatiques sans moteur, c’est aussi à cause d’une réglementation de l’UE prévoyant de confisquer ces embarcations si elles arrivent à bon port. Ainsi, la majorité des gens susceptibles de prendre de tels risques est constituée de jeunes hommes littéralement prêts à tout, ou qui doivent le devenir pour y parvenir, ce qui ne profite guère à la civilisation (Factfulness: Ten Reasons We’re Wrong About the World – and Why Things Are Better Than You Think, pages 212 ss, cliquer l’image pour agrandir):

L’immigration va sans doute encore s’accélérer, ne serait-ce que sous la pression de la démographie africaine galopante, et elle comporte par ailleurs une très grande proportion de représentants d’une civilisation, l’Islam, qui brille essentiellement, de nos jours, par son échec à intégrer les canons de la civilisation moderne. Cet afflux et l’excellent accueil que nombre de Léviathans occidentaux réservent à son idéologie centrale, la religion musulmane, dont tout indique qu’elle favorise la haine et la guerre, risquent fort de compromettre les progrès récents de l’humanité civilisée.

Les meilleurs (ou les moins mauvais, selon le point de vue) États modernes sont démocratiques et en principe ouverts au débat public. S’ils respectent leurs propres principes, ils peuvent revenir aux fondamentaux qui ont fait leur valeur pour définir et sélectionner clairement l’immigration qu’ils souhaitent (ou peuvent tolérer), et examiner notamment si la religion musulmane peut et doit être traitée comme les idéologies qui ont accompagné sans l’empêcher l’essor de la civilisation là où celle-ci s’est imposée. À défaut, cette civilisation va peut-être au suicide.