En 2015, l’Organisation de la Coopération Islamique estimait que le taux global d’analphabétisme des adultes dans ses États membres était encore de l’ordre de 37%. Le taux mondial en 2016 (pour les hommes adultes) était d’à peine plus de 10% (selon la Banque mondiale).

Il faut se réjouir de cette progression: jamais l’humanité n’a été aussi instruite, et aussi capable de s’instruire, et ce progrès formidable doit nous porter à l’optimisme. Mais l’alphabétisation du monde musulman comporte un risque spécifique à prendre en compte: celui du radicalisme. Une série de recherches originales menées depuis 2014 montre en effet que tout au long de l’histoire de l’islam, et jusqu’à nos jours, l’écrasante majorité des musulmans les plus érudits, même ceux considérés aujourd’hui comme des philosophes ou des mystiques, a porté un regard très bienveillant sur des aspects de l’islam qui posent problème aujourd’hui: du jihad terroriste et de son financement par les aumônes obligatoires à l’imposition du voile intégral en passant par l’émigration guerrière, la culture du mensonge (aux infidèles) ou les malédictions pluriquotidiennes contre les non-musulmans. On constate bien certaines différences entre les différents courants ou selon les époques, mais toute la plage couverte par ces écarts se situe clairement hors de ce qui peut être jugé raisonnable selon les critères modernes.

Dans le monde musulman, la possibilité de lire et d’écrire profite dans une large mesure à l’apprentissage des textes religieux. La langue arabe, notamment, en est totalement imprégnée. D’autre part, ces textes sont maintenant tous numérisés, au moins en arabe, et mis à disposition gratuitement en ligne. Il est donc vraisemblable que l’alphabétisation des musulmans favorise une montée en puissance des préceptes qui ont guidé la civilisation musulmane au Moyen Âge. Par exemple, tous les ministres de la Justice des pays membres de la Ligue arabe ont officiellement approuvé, en 1996, un projet de code pénal unifié réinstaurant les sanctions pénales de la charia médiévale (flagellation, mutilation, lapidation, exécutions des apostats, application du talion, …). Une telle unanimité, à la fin du XXe siècle et parmi des gens sensiblement plus instruits que la moyenne, en dit long sur l’univocité des incitatifs émanant des textes fondateurs de l’islam.

Il serait donc prudent de suivre, ou de reconstituer, la corrélation entre l’alphabétisation du monde musulman et la multiplication des manifestations de ce que nous appelons aujourd’hui le radicalisme ou l’extrémisme (ou encore l’islam politique), mais qui constituait la simple normalité il y a encore quelques siècles, avant que les Lumières n’aient produit leur meilleur effet. Cela permettrait de mieux orienter les efforts de lutte contre l’extrémisme musulman et ainsi d’écarter de sérieux obstacles sur la voie d’un réel progrès.