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  • Projet d'interdiction du culte musulman (en Suisse)

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La différence entre l’islam et l’islamisme est-elle pertinente?

December 3rd, 2005 by ninshiki
Il existe de nombreuses entrées pour traiter de ce problème. Tentons une approche de tendance juridique.

En Occident, l’islam serait le domaine de la conviction libre et l’islamisme celui de la pratique délinquante.

Il faut tout de suite rappeler que le concept de délinquance ne signifie rien de plus que la commission d’un délit. Or, l’islamisme en tant que tel ne figure pas encore nommément dans les codes comme constitutif d’un délit.

L’islamisme n’est donc pas un délit. Ce qui est un délit, c’est de poser des bombes, prendre des otages, brûler vives des jeunes filles non voilées, commettre des incendies volontaires, etc. Pourquoi l’islamisme n’est pas un délit ? Justement parce qu’il est l’expression d’une religion…

Donc, dans sa grande sagesse, le droit ne fait pas de distinction entre islam et islamisme, tout simplement.

Pour autant, les intellectuels des pays non musulmans n’ont de cesse d’ajouter à l’imputation délictuelle de l’islamisme, la connotation d’une déviance théologique.

Ce faisant, ils renvoient à la superstition rassurante d’un fond commun des religions, égalitaires en valeurs. Ces valeurs seraient, par définition, porteuses d’élévation spirituelle, de sagesse, de paix et d’amour universels. L’islamisme serait dès lors la déviance systémique commune à toutes les religions, rencontrée dans tout autre système, chrétien, juif, hindou, bouddhiste, animiste, new âge et pourquoi pas scientologue et raëlien…

Dans les pays musulmans, les choses sont un peu différentes. L’islamisme est soit le système d’État lui-même (Iran), donc non délictuel par nature, soit des délits exprès d’atteinte à l’ordre établi, c’est-à-dire au pouvoir musulman. Or, la soumission à l’autorité musulmane, fut-elle despotique, est une obligation coranique : « ô vous qui croyez, obéissez à Dieu, obéissez au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité » (Sourate IV.59).

L’islamisme y est bien un délit mais somme toute mineur. L’islamiste ne sera jamais considéré comme un déviant théologique profond. En effet, aucun tribunal islamique ne s’est jamais risqué à considérer aucun islamiste comme un apostat et ça, c’est un point fondamental. Si l’islamisme était différent de l’islam, les juges religieux auraient émis les sentences d’apostasie sans hésiter.

Donc nous vivons dans la confusion suivante, parfaitement ethnocentrique : l’islamisme est considéré par les non pratiquants de l’islam comme une déviance de l’islam et pas comme un délit pénal alors que chez les musulmans, c’est exactement le contraire… Je connais des prédicateurs que cela amuse beaucoup.

Il en résulte que sous couvert d’un combat universel contre l’islamisme délictuel, on fait de la théologie partout et on se garde farouchement de toucher aux précurseurs actifs du problème.

Or, où sont-ils ces précurseurs ? Dans l’islam ou dans l’islamisme ? Force est de constater qu’ils sont dans l’islam, c’est-à-dire dans les injonctions sans faille de prendre le pouvoir, figurant au sein du Coran, de la Sunna, du Siyar et quantité d’autres sources exécutoires, concurrentes des pouvoirs établis.

Pour un musulman pratiquant en terre non musulmane, c’est-à-dire en « terre de guerre » (dar el Harb) ou « de témoignage martyriel » (dar el shahada) ce qui ne s’invente pas tout de même, le conflit de loyauté engendré par ces textes est potentiellement extrême, puisque son respect doit conduire au renversement du système non musulman, même contre la volonté des incroyants.

La modification du rapport de confiance qu’il suscite est également absolue, puisqu’il n’existe pas de place, à terme, pour une pensée concurrente et qu’il faudra bien choisir son camp un jour ou l’autre.

Il n’y a donc pas une différence de nature entre l’islamisme et l’islam mais seulement de degré d’implication, de rythme. Les islamistes combattants sont des subitistes, tandis que les idéologues islamistes bon ton, du type Frères Musulmans et leurs rejetons du « mouvement islamiste » de al Quaradawi et consorts, sont des gradualistes. L’irréversibilité du résultat voulu reste cependant strictement identique dans les deux cas.

L’islam n’est pas seulement le terreau de l’islamisme, il en est le précepte, sauf réforme drastique de l’islam, qui n’est nulle part à l’ordre du jour.

Il existe un moyen simple de condenser le débat : oser la définition des religions en droit.

Si la pensée religieuse est de libre parcours, immune aux injonctions politiques, alors réciproquement, elle doit se voir interdire l’injonction politique, faute de quoi, le politique sera le sujet du religieux, c’est-à-dire le sujet d’une maladie auto-immune incurable.

Or, si l’on ôte l’injonction politique de l’islam, que reste-t-il ? Pas grand chose n’est-ce pas…

Comment faire concrètement ? S’appuyer sur une règle juridique simple, celle du parallélisme des droits, de la réciprocité des engagements. Aujourd’hui, la liberté de religion est maintenue dans une situation bilatérale (ou synallagmatique) imparfaite. Elle présente tous les attributs d’un bénéfice unilatéral, alors qu’elle s’inscrit dans un système qui ne fait pas exception au principe de réciprocité, en particulier en termes d’ordre public, de menaces contre la sûreté de l’Etat, etc.

Inscrite dans les Droits de l’Homme comme droit subjectif, c’est-à-dire comme une prérogative apparente, un privilège inhérent à la qualité d’être humain, sa perception est donc faussée.

En effet, la liberté de religion ne saurait être un alibi au renversement du système qui en protège l’exercice. Un droit ne peut acquérir sa légitimité dans la négation de sa raison d’être. Il ne vaut que par son incorporation subordonnée au système qui le protège.

Il faut donc que le Souverain prohibe plus explicitement – et rapidement, l’exercice du politique… par le religieux en exercice.

Nous proposerons un projet en ce sens bientôt.

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