Le piège des citations coraniques
ajmch
D’ordinaire, Spengler est un commentateur très talentueux et perspicace — voir notamment son approche de la civilisation arabe à travers le prisme de sa poésie et de ses lettres. Mais il semble affligé lui aussi d’un recul hélas très commun devant l’examen des textes coraniques. Ainsi, ses prises de bec virtuelles avec Robert Spencer, directeur de Jihad Watch, ne sont pas à son avantage.
En résumé, Spengler plaide la complexité floue: il serait possible de tirer le pire et le meilleur des écritures coraniques, simplement en fonction de ce qu’on souhaite y trouver. Cette opinion est largement répandue et paraît instinctivement plausible au novice. En effet, il est naturellement possible de chercher de manière ciblée les passages des écritures islamiques qui soutiennent ou fragilisent un point de vue donné. C’est à la portée de chacun et il est même probable que c’est la règle dans l’Islam, puisque les enfants y reçoivent leurs convictions longtemps avant d’être capables de discernement.
Mais qu’en est-il d’une approche objective — l’examen de l’ensemble des textes confirme-t-il ce point de vue intuitif? Et si ce n’est pas le cas, si une prise en compte honnête des écritures islamiques produit un résultat incontestablement orienté, laquelle des deux approches (objective/subjective) est-elle déterminante? À l’heure où l’Islam prend tant d’importance dans le monde, ces questions peuvent-elles rester en suspens? Et comment, le cas échéant, y répondre au mieux?
Prenons un exemple: Mahomet est censé avoir interdit de tuer un moine en prière, ou les femmes et les enfants. Mais il aurait aussi fait des déclarations antagonistes, selon lesquelles l’ennemi est à considérer comme un ensemble compact, indifférencié, et lui-même, selon les mêmes sources, aurait utilisé des armes tuant sans aucune différenciation les femmes, les enfants et les gens en prière. Un esprit objectif qui cherche à déduire des lois de ces écrits va donc probablement conclure qu’il est interdit de tuer des femmes, des enfants et des moines… sauf en certaines circonstances, qu’il faut établir en examinant le contexte en question. Il faudra ensuite décider dans quelle mesure les situations d’exception permettent de définir des principes applicables dans l’ici et le maintenant.
Ce processus, devenu rapidement collégial, est celui de la législation islamique. Il a invariablement produit des lois justifiant et glorifiant la guerre contre les infidèles jusqu’à la domination mondiale, la ségrégation religieuse et sexuelle, les châtiments corporels en place publique et toutes sortes de processus juridiques non codifiés, faisant référence à la foi en Allah et en les promesses coraniques. Aucun collège n’a jamais contredit ces principes au nom des écritures islamiques. Il n’y a tout simplement pas matière à cela.
Et surtout, nous sommes ici dans le domaine de la foi et les savants, en fin d’analyse, affirment simplement que le respect des préceptes islamiques produit par définition une société parfaite. Il est donc légitime de défendre et de répandre cette société, dont chacun des membres bien conscients de la qualité et de l’importance de ce projet prendra volontiers sur lui de subir les châtiments en question pour purifier la communauté de ses errances personnelles. Ainsi, le voleur est heureux qu’on lui coupe la main, car cela le guérit du péché, lui donne une meilleure chance devant Dieu; la femme infidèle désire être lapidée, car cela exorcise l’aspect nuisible de son acte et renforce les qualités morales de la société.
D’où il ressort que l’examen objectif de l’ensemble des écritures, par des savants, produit, vers l’extérieur, un projet conquérant et impérialiste, qui justifie la violence et le meurtre de masse au nom de la foi islamique et, vers l’intérieur, un idéal de société rigoriste et totalitariste, qui déclare sacrés les moindres gestes de la vie quotidienne et les régule sans pitié. Certes, les savants, les juristes, sont une minorité, mais dans une société acquise à l’Islam, cette minorité est invariablement au pouvoir (ne serait-ce qu’au pouvoir juridique et législatif) et son influence est donc incomparablement plus grande que celle des gens qui se contentent de choisir dans les écritures les passages qui plaisent à leurs convictions subjectives. Car ces derniers, sauf exception, ne vont jamais bien loin dans la hiérarchie d’une société islamique.
D’autre part, les savants sont aidés ici par les extrémistes, les gens qui cherchent dans les écritures de quoi justifier leur soif d’actes criminels. Et ceci de deux manières: d’abord, les extrémistes intimident (ou abattent) les partisans d’une société libre et pacifique, ce qui favorise la position des connaisseurs objectifs des écritures, qui peuvent affirmer avec une sorte de raison perverse, que seul le plus grand respect des lois islamiques met le peuple à l’abri du danger, dans ce monde et dans l’autre. Et les extrémistes, lorsqu’ils exagèrent et créent le chaos, peuvent aisément être traités de simples criminels ignares par les juristes qui, en détenteurs reconnus de la vérité des écritures, condamnent leurs actes et appellent, encore une fois, à plus de respect des vraies lois de l’Islam.
Il faut également relever que si les extrémistes aussi sont une petite minorité, leur manque d’inhibition devant la violence leur donne un pouvoir personnel considérable sur leur entourage. Et bien sûr, ils peuvent être récupérés, utilisés, armés, amplifiés, par des gens avides de pouvoir.
Ainsi, en définitive, le fait qu’il soit certes possible de se leurrer sur la nature de l’Islam, dans un sens ou dans un autre, n’a pas d’importance pour la réalité du phénomène. Il suffit que les écritures islamiques soient répandues, parmi une population alphabétisée et crédule, pour reproduire le schéma qu’elles décrivent (guerre permanente, troubles civils, improductivité, non-créativité). Les écritures islamiques sont bel et bien un piège, mais pas celui que nous dépeint Spengler.
Posted in Vigilance |
9 Comments »



May 16th, 2007 at 11:17 pm
Cet article omet de mentionner la règle de l’abrogeant/abrogé en Islam. Les sourates dites mecquoises, les plus anciennes et généralement les plus pacifiques, sont abrogées par les médinoises, les plus virulentes et intolérantes. Cette règle a été définie par les autorités religieuses et n’a pas été remise en cause. Un imam, par exemple, faisant appel aux versets abrogés pour contredire un détracteur peut à juste titre être soupçonné d’utiliser la takia(tromperie”juste” en islam).
Gallus
AJM: Cette règle est en fait définie par le Coran lui-même:
Et elle a été remise en cause:
Mais, comme on le voit, le Coran relègue hors de la grâce d’Allah ceux qui n’acceptent pas cette règle. De sorte qu’un croyant objectif et connaisseur des écritures doit accepter la règle des abrogations. Ou, concrètement, remettre en question la crédibilité des écritures, ce qui est suicidaire pour un tel savant (littéralement). Cela dit, au XXIe siècle, il devrait être possible de se demander si ces textes méritent encore de fonder une religion, des lois et toute une culture?
May 17th, 2007 at 10:47 pm
Merci pour les précisions
May 18th, 2007 at 4:45 pm
La “prise de bec” a été déclenchée par un paragraphe de l’excellent commentaire de Spengler à propos d’une interview d’”Adonis” – le candidat syrien au prix Nobel de littérature 2005 & 2006
(http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/IE08Ak05.html)
Clarifions d’abord un point important. Celui(celle) qui serait tenté(e) d’interprêter la dernière phrase comme une intention d’établir une équivalence entre le texte biblique et coranique est dans le faux le plus absolu. Spengler est un fervent défenseur de la Sacra Doctrina, ennemi juré du multi-culturalisme et des théories déconstructionnistes.
C’est un des plus fins connaisseurs du christianisme et du judaïsme, admirateur de Benoît XVI, attiré par le côte rigoureux du catholicisme intellectuel et, en même temps, partisan de la “nouvelle alliance” (l’”Awakening” américain) Politiquement, c’est un neo- conservateur, nord-atlantiste et clairement pro-israélien, exaspéré par la politique extérieure de l’actuelle administration américaine à laquelle il reproche un manque total de connaissances, d’intelligence et de réalisme. C’est un représentant de la vieille école de RealPolitik, pétri de classicisme et de culture littéraire historique et religieuse. Ses vues sur l’Europe se rapprochent fortement de celles de Paul Bellien, (Brusselsjournal) & Fjordman. Son thème majeur est le suicide civilisationnel occidental et la confrontation avec l’islam. Ses textes, écrits dans un anglais impeccable, sont féroces, impitoyables, et durement réalistes. Pour preuve je prends trois de ses productions :
1) “War with Iran on the worst terms” (http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/HB14Ak02.html)
2) “Russia’s hudna with the Muslim world” (http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/IB21Ag01.html)
3) “Lessons from classical warfare” (http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/HK07Ak02.html)
A travers ses multiples écrits Spengler fait preuve d’une compréhension hors du commun des cultures proche/moyen- orientales ainsi que du monde slave. Ses commentaires cyniques sur la manière de “faire les affaires” dans ces contrées-là ridiculise sans appel le verbiage utopique et irréaliste de nos écoles de diplomatie ou de science-po.
Si Spengler n’est pas un naïf, quel est alors le sens du paragraphe cité plus haut ?. Aussi, comment faut-il comprendre cette autre phrase de sa réponse adressée à Spencer :
Son argument selon lequel Spencer, en relevant le caractère systématique de la violence dans les textes de l’islam, commet le pêche cardinal d’admettre que le Coran est un ouvrage clair, consistent et non-ambigu, et que, par conséquent, il enlève aux anti- islamistes la possibilité d’organiser la défense suivant l’idée que ce textes ne sont qu’un fatras de contradictions, sans principe directeur, est pour le moins bizarre.
Il a été maintes fois explique sur ce site (ajm) et partout ailleurs – et même plus bas dans le texte en question – que le totalitarisme de l’islam, son incapacité fondamentale à évoluer procède du dogme hystériquement défendu selon lequel la Coran est la parole d’Allah dictée mot par mot et par conséquent non modifiable. Il a été aussi expliqué que le Coran ne résistera pas à une critique historique et archéologique ou qu’un examen linguistique fera voler en éclats la conviction que l’oeuvre est ensemble compact et uniforme du VII-ème siècle. Peu importe si le Coran est ou pas une oeuvre unitaire, il est crucial de dénoncer sa base violente et ses fréquents des délires d’annihilation. Surtout si ce livre est adulé par des centaines de millions de gens et que la loi islamique y trouve son fondement. D’autre part, si le Coran manque de cohérence et de structure logique au point qu’on peut trouver soutenir n’importe quoi, sourates à l’appui, eh bien cela ouvre des merveilleuse opportunités d’analyse pour les psychanalystes (entre autres). Spengler comment décidément une erreur incompréhensible.
Il se plaît ensuite a souligner la différence avec le christianisme et le judaïsme où Dieu à utilisé les créatures humaines et les a inspiré pour parler en son nom, mais de leur propres paroles, leur donnant ainsi autorité de continuer la tradition en interprétant et adaptant le message divin. Il affirme “A religion is not a text but a life.” et insiste sur la différence (entre le christiannisme et le judaïsme d’une part, et l’islam d’autre part) concernant la manière dont les croyants comblent le fossé entre le royaume éternel et celui de l’existence ordinaire. Le fait que le sacrifice, notion si importante d’un point de vue théologique, comporte en islam la dimension violente et guerrière du martyr est pour lui très révélatrice. Très bien mais ce type d’argumentation ainsi que les considérations sur la manière de vivre le quotidien peut être admirablement soutenues, précisément en invoquant les textes. Pourquoi s’en priver ? AJM dit, avec raison :
Je suis tout aussi perplexe qu’un jouer d’échecs ordinaire qui assiste à une bourde d’un Grand Maitre et qui essaye de comprendre ce qui distrayait son attention au moment de cette erreur monumentale. Considérons son dernier paragraphe, toujours le plus important dans une culture de communication anglo-saxonne.
Si je prends en considération ses articles passés, qui d’ailleurs regorgent d’”islam bashing”
et depuis des années, j’interprète comme il suit :
Que le Coran soit contradictoire, que les événements du VII-ème siècles ne se soient pas déroulés comme les écrits islamiques le prétendent , que le Coran actuel puisse n’avoir rien a faire avec Mahomet, tout cela doit rester secondaire pour les occidentaux.
Les réponses à ces questions, si affirmatives, seront beaucoup plus dévastatrices pour les musulmans que pour l’occident. La civilisation occidentale s’est construite sur des valeurs complètement différentes et son avenir ne doit pas dépendre de celui de l’islam, triste, stérile, rétrograde, violent et totalitaire. Technologiquement, économiquement, spirituellement, artistiquement, l’islam coranique est une voie de garage pour l’humanité.
Point. (Est-ce le sens de “Islam-bashing, whether justified or not, is a waste of time” ?) Sauf qu’il y a un problème. Un problème monumental. Alors que l’islam joue le tout-ou- rien dans un jeu où l’avenir ne lui réserve qu’une dégringolade sans appel, l’Europe vend sa dignité, ses valeurs et même son existence pour quelques décennies d’état providence, de “paix sociale” et de conscience bien-pensante-tranquille. L’Amérique est structurellement beaucoup plus saine que l’Europe mais partage avec elle un handicap majeur : l’incapacité à comprendre la culture de violence inhérente à l’islam. Pour Spengler l’occident doit trouver de manière urgente une réponse à la question suivante: comment agir face a un ennemi qui exulte dans le culte de la mort violente et qui est convaincu que le martyre est la voie sure du paradis. Le nombre total des kamikazes entre 1944-45 n’a pas dépassé trois milles et il a fallu Hiroshima et Nagasaki pour casser l’esprit de la société qui les a produit. Les médias et les programmes éducatifs iraniens, palestiniens, syriens et toute une infrastructure religieuse ne cachent pas leur intention de fabriquer martyrs en masse et tournent à plein régime pour atteindre cet objectif. D’ici 2010-2025 l’industrie de la haine aura produit une génération de quelques millions d’enragés d’Allah, dés-inhibés devant la mort, méprisant tout réflexe d’humanité, inaccessibles à une communication logique et mûrs pour le combat. Nous sommes dans l’obligation de nous demander ce qu’il faudra alors pour … casser l’esprit de la société/religion qui les a produit.
Dans l’effort de comprendre, et pas de justifier Spengler, on peut éventuellement émettre aussi l’hypothèse suivante : quand Spengler parle de “waste of time”, peut-être qu’il entend par là que tout espoir de révolution pacifique intérieure/dégonflement de l’islam est utopique.
L’islam ne pourra pas échapper à son destin de collision frontale de grande envergure avec le reste de l’humanité et c’est la raison pour laquelle il ne s’intéresse même plus de savoir si le texte coranique est cohérent, révisable, etc. Comme si les dés avaient été jouées depuis longtemps.
Reste que, mis à part l’interrogation très pertinente du dernier paragraphe et les commentaires théologiques très instructifs, l’impression générale est celle d’un grand gâchis. Spengler s’est complètement fourvoyé concernant R.Spencer et son refus de “l’islam bashing” n’est pas défendable et reste peu compréhensible.
August 3rd, 2007 at 3:10 pm
[...] schisme européen. Et même alors, comme pour les autres schismes de l’Islam, il restera l’esprit de base suprématiste et coercitif du projet musulman, qui rassemble Sunnites et Chiites de toutes sortes [...]
November 11th, 2007 at 8:25 am
[...] s’orienter. Ils sont ainsi absolument obligés, dans leur ensemble, de tomber dans le piège des textes sacrés. Et c’est pourquoi, si l’on fait l’effort de retracer le parcours sanglant de [...]
December 5th, 2007 at 4:21 pm
[...] Le piège juridico-religieux qui maintient les sociétés islamiques dans la médiocrité [...]
April 5th, 2008 at 12:45 pm
[...] majorité des Musulmans qui connaissent vraiment ces textes et y prêtent foi (et donc ont du pouvoir à ce titre dans les communautés fortement islamisées) y ont trouvé des ordres et des exemples, [...]
June 12th, 2008 at 7:23 pm
[...] certes se concentrer sur des éléments sélectionnés pour en donner une image orientée, mais une vision globale indique clairement et systématiquement que l’Islam est fondamentalement, intrinsèquement [...]
June 27th, 2008 at 7:38 pm
[...] certes se concentrer sur des éléments sélectionnés pour en donner une image orientée, mais une vision globale indique clairement et systématiquement que l’Islam est fondamentalement, intrinsèquement [...]